L’ART NAÎT DE SA PASSION

Dès l’enfance, Johann Touanen aime « son » lac.
Il  barbote, s’exerce aux ricochets, bricole des embarcations de fortune et, sur son Optimist,  s’improvise grand navigateur.

Adulte, Johann aime toujours passionnément « son » lac.
Son visage, lisse comme un miroir, soudain agité et giflant ses rives, sa beauté changeante, insaisissable, sa lumière, ses reflets éphémères le fascinent.

Bientôt un reportage lui est confié. L’occasion de saisir ses premiers clichés où l’aspect documentaire prédomine, puis d’exposer à Paris.

Alors sollicité pour couvrir des régates, il est séduit par les bateaux, leurs lignes racées, esthétiques, leurs apparaux de navigation. Son cadrage se resserre, son œil s’aiguise, il expérimente les jeux graphiques et de composition, rive son objectif sur le détail des ponts, des gréements. Taquets, amarres, winchs, poulies, cordages, coques et voiles capturés dans la lumière ou sous le vent, lovés dans l’ombre rouge des couchants.

Cet engouement pour le détail change peu à peu son regard. Progressivement, la navigation passe au second plan. Lac et voiliers, inlassables modèles, ne sont plus que prétexte à une focalisation plastique, picturale, pointilliste, sur des fragments, des textures, des reflets.
Effets de surface, ondulations, miroitements, chatoiements, mouvance des couleurs, ruissellements lumineux, velours des ombres, ses instantanés jouent avec nos sens, troublent notre perception du réel, suscitent l’émotion.
Curieusement, c’est aux abords de la cale sèche, dans le secret du travail des carènes qu’un nouvel axe d’observation se construit.
Détails de coques craquelées, griffées de vent, éreintées de soleil ; traces de ravages, de chocs et morsures du temps ; l’objectif de Johann capture leur histoire, accroche l’instant fugace de leur mise à nu dans l’intime labeur des aires de carénage.
Il explore, sonde, décrypte les surfaces comme on entame un voyage.
A la recherche d’univers, de mondes, de paysages ou de tableaux, abstraits parfois, voire figuratifs …quand l’abstraction détournée devient le mirage d’une réalité… réinventée.

Du Léman à l’âme de ses coques, la photographie de Johann ouvre une magie singulière, puissamment évocatrice.

Lors de ses expositions Johann Touanen ne titre rien, pour vous offrir la liberté de tout imaginer.

Anne-Marie Touanen